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De l'art de bien chanter les sons "on" PDF 
Activité - Récits
Écrit par Kodjo   
Comment bien chanter les syllabes nasales de la langue française ?

Dans les notes tenues nasales, lorsque la prononciation n'est pas particulièrement soignée, le timbre rétrécit, voire s'engorge chez certains chanteurs.

Prenons comme exemple, le célébrissime vers suivant (1) :
"Mon enfant, ma soeur, songe à la douceur d'aller là-bas vivre ensemble"

Dans son recueil de solutions pour les chanteurs (2), le grand professeur de chant Américain Richard Miller écrit :
"Il est assez fréquent chez les chanteurs Français, [...] de retarder l'arrivée de la nasalité, jusqu'à la toute fin de la tenue.
[...]
Les chanteurs anglophones qui interprètent la mélodie française classique, commettent souvent l'erreur d'introduire trop tôt la nasalité sur les syllabes tenues, ce qui produit un son caricatural qui pourrait se comparer à un "klaxon". Ceci doit être évité, tout autant que l'erreur consistant à ajouter de la nasalité à des syllabes qui n'en comportent pas."

Richard Miller rapporte une conversation avec le grand baryton Français Gérard Souzay, qui s'étonnait dans ces termes :
"Pourquoi tant de chanteurs Américains s'efforcent-ils de mettre 150% de nasalité sur des syllabes nasales longues, très tôt dans la tenue, alors qu'une petite dose de nasalité introduite plus tard [dans la tenue] suffirait ?"

Petite démonstration par l'exemple :
Gérard Souzay (1918-2004), l'un des plus grands interprètes de la mélodie française (avec Camille Maurane décédé cette année 2010), montre ici l'art et la manière de timbrer les notes tenues nasales.

Mais d'autres chanteurs, Français ou étrangers, francophones ou non, ont réussi avec plus ou moins de succès, à magnifier le texte de Beaudelaire sans atténuer le timbre de leur voix. Je vous laisse apprécier (les goûts et les couleurs...).

Régine Crespin (1927-2007), soprano Française (la plus grande, assurément)

José Van Dam (1940-), baryton-basse Belge

Nicolai Gedda (1926-), ténor Suédois

Kiri Te Kanawa (1945-), soprano Néo-Zélandaise


Et pour ceux qui n'ont pas l'oreille trop sensible aux crachottements, un enregistrement de 1932 (!) du grand baryton Suisse Charles Panzéra (1896-1976) : un bel exemple de diction et une élégance trop rarement égalée.


Références :

(1) L'Invitation au Voyage de Charles Baudelaire.
Outre Henri Duparc, ce poème a été mis en musique par de nombreux compositeurs de toutes époques. Il existe notamment une jolie version de Léo Ferré que je vous invite à découvrir ici :

(2) Solutions for Singers: Tools for Performers and Teachers de Richard Miller, publié chez Oxford University Press en 2004 (en Anglais uniquement).

 
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